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  • Alexis Eve

#01 - De footballeur pro à intrapreneur

Mis à jour : 4 janv 2019

Samir Bengelloun - Intrapreneur du groupe VINCI



" Il ne faut jamais tomber amoureux de son idée. Je sais que c'est très dur ! " Samir Bengelloun

Aujourd’hui est un épisode un peu particulier dans lequel j’interviewe Samir Bengelloun, intrapreneur au sein du groupe VINCI.


Dans cet épisode, on s’intéressera moins à la recette magique du succès de Samir qu’a la réalité de ce que peut vivre un intrapreneur : on parlera de son parcours d’intrapreneur, de son passé de footballeur de haut niveau et de l'enfer de devoir faire pivoter son idée quand on est est tombé amoureux.


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Alexis Eve : Bonjour Samir ! Si tu nous parlais un peu de ton parcours !


Samir Bengelloun : Bonjour Alexis, avec plaisir ! Cela fait maintenant six ans que je travaille dans une entreprise qui fait office de deuxième vie pour moi.


Dans ma première vie, j’ai été footballeur professionnel. J’ai évolué au Paris Saint Germain, au centre de formation de l’espérance sportive au Champagne, l’ESTAC, puis je suis parti à l’étranger pour signer mes premiers contrats professionnels. Je suis parti pour la Grèce, les Etats-Unis, Chypre, Moyen-Orient…


Après une carrière de 10 ans dans le football, je me suis reconverti dans les ressources humaines notamment dans le domaine du recrutement, du développement RH au global, de la gestion de carrière des collaborateurs, de l’accompagnement de nos managers et de l’évaluation des collaborateurs…


J'ai aussi une appétence particulière pour le digital rh et les nouvelles technologies en ressources humaines !


Tu travaille donc actuellement au sein du Groupe VINCI.


Je suis au sein de ce groupe depuis 5 ans avec une première mobilité au bout de 3 ans chez VINCI Construction France où j’ai pu structurer les pratiques de recrutement. J’ai alors intégré VINCI Construction Grands Projets où ma casquette s’est étendue grâce au poste de HR Business Partner incluant en plus du recrutement, la gestion de la mobilité.


Sur la partie business, le poste m'a orienté notamment sur le staffing des équipes et sur comment on peut chercher des talents en local, comment féminiser nos équipes en travaux ou en études… Toutes ces problématiques RH m’intéressent et me passionnent énormément !


Comment s’est passé la transition entre le milieu du football professionnel et VINCI ?


C’est très difficile. Avant tu te levais le matin pour l’entrainement, qu’il vente ou qu’il pleuve, tu t’amusais dans ton métier qui te passionnes, puis tu passes derrière ton ordinateur, tu ouvre ta boite Outlook… C’est tout de même plus compliqué...


Mon avantage était que j’ai été biberonné à la compétition, aux objectifs. Je transmets d’ailleurs à mes collaborateurs et aux personnes qui se posent des questions dans leur vie professionnelle le fait que lorsqu’on arrive à se fixer des objectifs, à tenir une ligne de conduite, ça fonctionne. Aussi bien dans le sport qui t’apprend ces valeurs que dans le monde de l’entreprise.


J’ai donc transposé tout ce que j’ai appris dans le sport dans le monde de l’entreprise. J’ai du creuser ma voie seul puisqu’à mon époque il n’y avait pas de cabinet de reconversion de sportifs de haut niveau.


Creuser sa voie seul, c'est un truc d’intrapreneur selon toi ?


Complètement. C’est l’une de ses qualités intrinsèques. Il faut aller chercher l’info, sortir de son bureau, ouvrir ses chakras, poser des questions, ouvrir des bouquins, regarder à l’extérieur de son entreprise…, il faut être un explorateur et creuser.


Au moment où tu n’étais pas encore au fait de l’existence de l’intrapreneuriat chez Vinci, comment se passait ta carrière à ce moment là ?


A l'époque j'étais en pleine évolution, je passe de HR talent acquisition manager à HR business partner, mes fonctions prennent de l’ampleur.


HR Business partner, c’est toujours de la gestion de ressources humaines qui est assez administratif, mais qui prend plus d’ampleur avec la partie business dans le sens où tout ce qui est mis en place a un impact sur le bilan, le compte de résultats de l’entreprise.


Tout doucement, je prends mon poste, je mets en place une certaine organisation en transversal auprès des collaborateurs. J’accompagne sur la gestion de carrière, on a un rôle de conseil auprès des collaborateurs.


Puis tu entends parler de l’intrapreneuriat...


J’ai entendu parler de la plateforme prospective et innovation avant qu’elle sorte officiellement. Comme je le disais, il faut s’informer, bousculer les lignes et la hiérarchie tout en restant dans le cadre et ainsi avoir accès aux informations. L’intrapreneuriat, j’en ai donc entendu parler 6 mois avant que l’on en parle en janvier 2018.


Avant que ça sorte, j’ai donc été connu pour mon projet. J’ai approché les bonnes personnes qui m’on aiguillé vers d’autres et ainsi de suite jusqu’à ce que je tombe sur celles qui étaient finalement les vrais décideurs.


Tu voudrais nous dire deux mots sur ton projet d'intrapreneur pour que ceux qui nous lisent s'y retrouvent ?


Aujourd’hui, on lance l’activité Trust In qui est le cabinet de sourcing et recrutement digital interne à VINCI. Il accompagne tous les pôles d’activité de Vinci sur le recrutement, le staffing avec un accent particulier mis sur la transmission de notre savoir-faire notamment sur les réseaux sociaux comme Linkedin.


Avec notre approche basée sur la cooptation, les collaborateurs de VINCI peuvent devenir de vrais ambassadeurs, des recruteurs, des sourceurs dans une approche de recrutement collaboratif.


Le cabinet à donc deux vocations, le sourcing recrutement et les prestations de conseils, de formation et d’acculturation aux réseaux sociaux à destination de la filière RH de VINCI.


Et à quoi ressemblait ton projet au tout début ?


Cela faisait 2 ans que j’avais le projet en tête. J’en ai parlé avec un ami un 25 décembre. La discussion nous a donné l’idée de créer une plateforme digitale pour faire des salariés de VINCI et des autres entreprises des sourceurs, des recruteurs de talents pour l’entreprise.


Pourquoi le projet en est resté là pendant 2 ans ?


On a présenté et représenté le projet, mais on n’a pas pu contractualiser. On attendait un financement, un investisseur interne qui croit au projet. Quand le projet Léonard (Programme d'intrapreneuriat du groupe VINCI ndlr) allait sortir, j’avais déjà fait le travail.


Tu penses que la plupart des intrapreneurs en général sont du genre à avoir déjà travaillé sur leur projet avant même qu'un programme d'intrapreneuriat n'existe ?


Avant toute chose il faut parler un peu de Léonard. Léonard propose une brique intrapreneuriat, mais fait aussi de la prospection sur le long terme, sur la transformation des métiers notamment. Il accompagne aussi des Start-ups en lien avec les activités du groupe.


L’intrapreneuriat c’est donc avant toute chose de l’innovation. Léonard t’accompagne sur 2x4 mois si tu es salarié chez VINCI et que tu as un projet que l’on peut transformer en business. Après plusieurs phases de développement, tu présentes ton projet, tes résultats devant les investisseurs.


Après la phase d’incubation, tu passes par une phase d’accélération. Les intrapreneurs avaient donc déjà travaillé sur leur idée avant d’entrer dans le programme.


A ce propos, on se rappellera la citation de Philippe DEVOST (responsable de Léonard ndlr) qui disait : « Un bon intrapreneur maitrise son écosystème et est capable de proposer des solutions innovantes pour améliorer le processus ».


C’est le cas de mon idée de cooptation qui avait juste besoin d’être formalisée mais c'était aussi le cas pour l'ensemble des intrapreneurs de ma promotion ! Les 5 intrapreneurs passés en phase d’accélération avaient donc déjà leur idée 2 à 3 ans auparavant.


Et cette phase d'incubation avant l’accélération, tu l'a vécue comment ?


Ces 4 premiers mois ont été ma phase préférée. Tu as une journée par semaine pour travailler sur son projet. Trust In pour moi.


En mode intrapreneur, j’ai choisi les vendredis pour bosser, car les gens sont plus cools, plus à l’écoute et plus enclins à te recevoir. J’enlevais le costume du RH pour être en mode intrapreneur, dans un mode plus casual.


Le sentiment prédominant était que c’était cool, c’était excitant…


Oui, l’accompagnement est génial. Tu vois de nombreux homologues, des DG, tu te confrontes à de nombreux sujets… Au bout de 4 mois, t’en sors grandi, 4 mois fabuleux, génialissime.


La phase d’accélération est un vrai investissement pour VINCI. Ce n’est pas exactement le même monde. Peux-tu nous parler de cette phase là ?


J’ai moins aimé cette phase, car j’avais une idée, je pensais être révolutionnaire alors que mon idée existait en fait déjà. La phase d’accélération te confronte à la réalité, les autres s’approprient ton idée et la concrétisent sans toi. Et il y a des concurrents sur le marché...


Sur internet on dis souvent que si tu es bon en quelque chose, il y a forcement un enfant coréen quelque part qui est meilleur que toi... Tu dois donc pivoter. Comment ça marche ?


Quand on a vu que la cooptation doit être considérée comme l'un des éléments du sourcing avant toute chose, tu repars du vrai besoin des RH chez Vinci. Quel est leur vrai besoin ? Qu’est ce qu'ils attendent en termes d’innovation ?


Après discussion avec mon patron et le DRH de Vinci, on se rend compte que le vrai besoin est le sourcing en interne. On est en quête de profils production, des fonctions techniques, des fonctions supports et on a du mal à les trouver.


La première version de mon idée était une plateforme de cooptation mais j’étais trop en retard, car les plateformes existent déjà sur le marché. Mais aussi trop en avance parce qu’en interne on a déjà de nombreuses applications que l’on utilise pas suffisamment. Le risque de flop était là.


En plus, le besoin de sourcing est immédiat et avec l'approche plate-forme je ne serai pas prêt avant 18 mois.


Je suis donc reparti sur une feuille blanche en planchant sur le sujet du sourcing, car en fait c’est ca le vrai sujet. J’ai du proposer d’autres sujets et d’autres alternatives : réseaux sociaux… Au final, si cette structure Trust In fonctionne, on proposera d’autres activités connexes dans 3 ans.


Remise dans le contexte : tu travailles depuis des années sur une solution et on te dit "t’as compris le problème, mais revoit ta copie pour la solution." Comment tu te sens à ce moment là ?


C’est dur, j’ai pris une claque. Je suis tombé amoureux de mon sujet. Il ne faut jamais tomber amoureux de son idée. Il faut prendre du recul et accepter la situation pour pivoter.


Qu’est ce que tu as fait pour transformer ton amour pour ton idée en amitié ?


Mon projet sous sa forme de l'époque ne répondais pas aux besoins d’aujourd’hui, je l’ai donc classé dans un placard. C'est drôle, maintenant je fais du mentoring et à ces occasions, je pose toujours la question aux jeunes porteurs de projet : « est ce que votre projet répond à un besoin ? ».


J’ai donc retravaillé un nouveau business plan basé sur notre marché interne et pivoté pour répondre aux vrais besoins et aux vrais problématiques du marché.


Quel conseil tu donnerais non pas aux intrapreneurs qui nous écoutent mais aux personnes qui gravitent autour de l’intrapreneuriat ?


Jouez votre rôle pleinement aussi bien dans le côté positif que négatif. Dire quand c’est bien, dire quand ce n’est pas bien.


Ainsi, nous, intrapreneurs saurons prendre les claques et avancer. L’accompagnement que j’ai eu par tous s’est basé sur la vérité, la transparence. Pour les intrapreneurs, je conseille ceci : « Tout ce qui vient, tu prends et tu analyses ».


Qu’est ce qui t'aide à te remettre en question personnellement ?


Pour moi, c’est mon côté sportif professionnel de haut niveau. Les coachs ne te font pas de cadeau dans le sport !


Pour les intrapreneurs d'autres groupes qui nous écoutent, comment se positionner ? Quel conseil tu leurs donnerait ?


Il faut mettre le costume de sportif professionnel. Répéter son slide, bien le présenter, pas de fautes d’orthographes pour une prestation de 10mn. Un intrapreneur doit bosser durant des mois et prend des claques pour être performant devant les investisseurs.


La famille encourage dans la démarche. Il faut être entouré de personnes positives et encourageantes pour ne pas se sentir seul.


Je remercie tous mes coachs non seulement pour leur accompagnement, mais aussi pour les mois incroyables que l’on a vécus.


L’avantage que j’ai eu c’est que ou j’évoluais dans ma fonction RH ou je pouvais développer mon business en interne.


L’entreprise doit accompagner le collaborateur, il faut faire du sur-mesure. Il y a une vraie responsabilité de l’entreprise d’accompagner ses intrapreneurs.


Enfin, dernière question : si tu devais revoir le Samir de janvier, au tout début du parcours d’intrapreneuriat, quel serait ton message pour lui ?


Je lui dirai fonce ! car j’avais des doutes et j’avais beaucoup à perdre alors qu’au final, je me suis éclaté !


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